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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 09:49
VOILES

Dès qu'il est question de ce qu'on appelle gentiment "la polémique du voile", je prends : presse écrite, forums, débats, tout. Et je peux dire que j'en ai lu et entendu du beau linge, grands spécialistes de l'Islam, du monde arabe, des banlieues, du terrorisme. Sociologues, ethnologues, pédagogues, juristes. Des hommes et des femmes. Chacun a une opinion bien arrêtée sur le sujet, des arguments affûtés, des chiffres, des statistiques.

Voici un écrivain qui clame sa conclusion à la télé : il faut interdire le voile en France, sans concessions. C'est un asservissement forcé des dames, intolérable dans notre démocratie, contraire à nos valeurs. C'est par là que tout commence. Et qu'on ne l'accuse pas de confondre foi et salafisme !

La journaliste qui lui succède, tout aussi persuasive, a des certitudes opposées : une prohibition légale serait, au mieux, contournée par de savants foulards à l'iranienne... au pire elle encouragerait la radicalisation. Il faut éduquer, éduquer encore, et laisser la liberté de se nipper comme on veut, sans aucune contrainte.

Ils ont tous deux évoqué l'histoire de ce morceau de tissu, porté comme cache-poussière bien avant le Coran qui ne l'impose pas comme signe religieux. Mais ils ont aussi reconnu que la loi coranique n'est pas vraiment pour l'égalité des sexes. et que nos rues sont quand même de plus en plus envahies de silhouettes très couvertes. Et puis il y a la Syrie, les attentats, le djihad. Alors, le voile ? Solution A : interdiction totale. Solution B : éducation et libre arbitre.

Ma voisine, périgourdine bonne vivante, sans aucun préjugés, s'interroge : "Moi je me fiche pas mal que certaines musulmanes portent ces pétassous qui les font transpirer et qu'elles rajustent toutes les deux minutes. Non seulement c'est pas pratique mais ce qui me sidère, c'est qu'elles viennent vivre ici, où on se balade en short, leurs maris les premiers. Moi qui aime m'aérer le corps, tu me ferais pas aller dans un pays à burqa pour m'emballer sous des kilos de tissu ! Mais y a pas beaucoup de candidates au voyage dans ce sens-là, je crois ?"

27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 18:11
PERGOLA

Après avoir réussi à bâtir tout seul un abri à voitures, en dur, tuiles et bois anciens, mon mari s'est mis en tête de construire une pergola pour prolonger le cabanon où on invite les copains en été. Il a encore de vieilles poutres qui feront de beaux poteaux et on a acheté des rosiers grimpants pour décorer.

La semaine dernière, il m'a demandé si je me souvenais de cette pergola qu'on avait vue en se baladant un jour d'automne. "Tu te rappelles, adossée au pignon d'une grosse maison en haut d'une colline plein sud, peinte en vert amande ?" Et comme je revoyais parfaitement ce joli endroit, j'ai corrigé : " Plutôt vert olive je dirais... Et dessous une table et des chaises de jardin de la même couleur, c'était vraiment chouette !" On a encore un peu discuté sur le ton de vert, bronze peut-être ou bouteille, et on a décidé d'aller revoir la chose pour noter les proportions, la forme des corbeaux en dépassement et autres détails qui pourraient nous inspirer parce qu'on était d'accord, cette pergola était vraiment réussie.

Le problème était de la retrouver au fond de la campagne, on ne savait plus très bien où. Et on a tournicoté un bon moment avant de reconnaître le ruisseau, le petit bois, la montée vers la maison et sa haie de lauriers. On y est, on se gare, la pergola est bien là mais elle est peinte en rouge foncé. Comme il y a une dame dans le jardin, on s'avance et on demande poliment si on peut photographier sa pergola, on voudrait s'en inspirer pour en construire une. Et mon mari ajoute :"On l'avait remarquée en passant devant, en septembre, je crois. Elle était verte à l'époque et..."La dame le coupe en souriant : "Non ! Elle est rouge depuis dix ans ! D'ailleurs il va falloir la repeindre et vous venez de me donner une idée, un vert sapin ça me plairait..."

On n'en revenait pas. C'était bien là qu'on avait remarqué cette pergola, aucun doute. Mais comment avait-on pu être aussi certains de sa couleur ? On en aurait juré, tous les deux, c'était du vert ! On hésitait juste sur la nuance mais elle était verte, sûr, sûr, sûr. A mettre nos têtes à couper.! Et elle était rouge...

On en a reparlé en philosophant à la petite semaine sur les dangers de l'intime conviction et les mensonges du souvenir, surtout quand on est deux à se monter le bourrichon. On a tiré deux conclusions. Un, qu'on n'aimerait pas avoir un jour à témoigner dans un jury d'assises. Et deux, qu'on va laisser nos poutres couleur bois, pas les peindre.

14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 17:33
VOUS AVEZ DIT BIZARRE  ?

Il y a deux ans, une dame s'est tuée sur la route tout près de chez moi.

Triste, certes, mais ce sont des choses qui arrivent. Elle était du coin mais je ne la connaissais pas. Je me souviens juste qu'après l'accident, les langues allaient bon train à la boulangerie, ça permettait d'attendre sa tourte ou son Paris-Brest avec d'autant plus de plaisir pervers que tout le monde trouvait l'histoire pas claire. Bizarre.

On savait qu'à trois heures du matin, cette dame avait été réveillée par un appel de sa fille, en panne sur une petite route pas loin. Elle était donc partie la chercher, prenant juste le temps d'enfiler une gabardine sur sa chemise de nuit. Et à sept kilomètres de chez elle, sa voiture était venue de plein fouet percuter un véhicule en sens inverse.

Et on donnait des détails en payant sa baguette. Elle était morte sur le coup, oui, le docteur l'avait confirmé. Le conducteur en face roulait doucement, il tenait parfaitement sa droite, il n'avait pas bu, c'était elle qui s'était comme jetée sur lui, si, si, les gendarmes l'avaient assez répété, ce monsieur n'était aucunement en tort. En plus, comme son bras droit salement cassé le gênait, il a mis un peu de temps à s'extirper de sa voiture et il cherchait à comprendre ce qui venait d'arriver quand il a vu, dans les phares, la dame glisser lentement du tas de ferraille où elle venait de mourir. Il a été très choqué, demandez donc au chef des pompiers ! On le plaint, cet homme, on n'aimerait pas être à sa place, ah non ! Il n'est pas responsable mais il a quand même tué quelqu'un, si on peut dire. Et on frissonnait à l'idée du cadavre émergeant des tôles.

Mais la dame, pourquoi a-t-elle coupé la route pour aller s'encastrer sous le capot du type en face ? Est-ce qu'elle aurait fait un malaise, une crise cardiaque ? Peut-être qu'elle était déjà morte sur son tableau de bord et que la voiture a continué toute seule sur sa lancée...Était-elle suicidaire ? Dépressive ? Malade ? Droguée ? La famille n'a jamais rien dit, on n'a jamais rien su. Et ce mystère a, bien sûr, excité l'imagination des commères du bourg. Avant de passer à autre chose, avec le temps.

Et puis, la semaine dernière, plus de deux ans après le drame, il y a eu un terrible accident dans une petite ville à côté. Une grosse berline a loupé le seul virage de la grand-rue pour finir dans le mur d'une maison. Le compteur, dit-on, était bloqué à 140 dans une zone limitée à 50. Le conducteur est mort.

Ce qui est intéressant, c'est que le bâtiment sur lequel la voiture folle s'est écrasée est précisément la maison de la dame dont j'ai parlé plus haut. Elle y habitait au moment de l'étrange collision qui l'a tuée, à quelques kilomètres de là, en 2014.

Et ce qui laisse tout le monde muet, pour le moment, c'est que l'homme au volant, qui a percuté le mur avec une incroyable violence, était celui-là même qui conduisait la voiture contre laquelle la dame est venue mourir, il y a deux ans, ça ne s'invente pas. Je dis bizarre.

26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 15:51
POSTURE

Il y a quelques semaines, j'ai expédié un exemplaire de mon dernier bouquin à un journaliste qui n'a jamais rien reçu. Je suis donc allée à la poste de mon village où on m'a expliqué fort civilement que je devais faire une réclamation pour tenter de savoir où pouvait bien être passé ce fichu paquet et, pourquoi pas, le retrouver. Bien.

J'ai donc rempli le formulaire adéquat, noms et adresses de l'expéditeur et du destinataire, date de l'envoi, valeur de l'objet égaré. Fastoche. Je sais comment je m'appelle et où j'habite, à qui et où j'ai envoyé le truc, d'ailleurs j'ai gardé le reçu avec tampon, tout y est, jour, heure et ce que j'ai payé : 2 euros 50 de timbre. Comme le livre coûte 20 euros, vite fait de calculer à combien se monte la perte que j'ai subie (si on ne prend pas en compte le préjudice moral...).

Huit jours après, je reçois une lettre de La Poste. On m'annonce avec beaucoup de tact que je ne dois pas espérer revoir un jour mon colis, faut en faire mon deuil. Toutes " les investigations nécessaires se sont avérées malheureusement infructueuses", je cite . C'est foutu, perdu de chez perdu, mais quel style ! Dans l'oraison funèbre, La Poste tient la posture !

Mais, après ces condoléances d'usage, on me glisse que si j'avais pris l'option "colis suivi", ça aurait facilité les recherches, avec peut-être un dénouement heureux... On m'invite à me renseigner sur tous les produits suivis (c'est-à-dire payants) de La Poste. Serait-on en train de me suggérer que le tarif normal n'offre aucune garantie ? Que si on veut un minimum de service après-vente, faut raquer ? C'est ce que j'ai écrit sur le questionnaire Internet qui me demandait si j'étais contente des suites données à ma réclamation.

Huit jours après, je reçois un deuxième courrier qui m'annonce, ci-joint, un bon de dédommagement à remettre au guichet le plus proche. On a juste oublié de mettre ci-joint le fameux bon sur lequel je commence à fantasmer grave : oh la la, il va se monter à combien ?

Suite et fin. Après visites à ma gentille postière qui bredouille derrière son comptoir, après coups de fil (numéro gratuit tout de même) au service des disparitions d'objets, je reçois un troisième courrier de La Poste. Ouvrons-le doucement, restons assis pour savourer l'instant, ça fait un mois que je l'attends ! Alors, alors ? La Poste m'offre une enveloppe timbrée pour un envoi de 20 grammes, le minimum quoi, y a pas moins, et sans suivi !!! Faut juste que j'aille récupérer mon gros lot au guichet du village.

22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 17:15
 toiles

Dans le magasin, j'ai fait le tour des rayons de toiles cirées, tout bien regardé et je suis très malheureuse. C'est moche, moche, moche. Et même si mon cœur saigne à l'idée de me séparer de la pauvre chose qui se débobine sur ma table de cuisine, elle est en phase terminale, c'est une question de dignité, pour elle et pour moi. Il va bien falloir être raisonnable.

" Vous cherchez quoi exactement ?" La voix dans mon dos est agréable. Je me retourne, la dame murmure d'un air pensif : " On réalise pas toujours mais... une toile cirée, on mange dessus, les gosses y font leurs devoirs, c'est pratique pour jouer à la belote ou au scrabble. Donc, on l'a toujours sous le nez ! En plus, regardez notre qualité, vous en prenez pour un sacré bail... Alors quand on en choisit une, faut pas se tromper." Frappée par tant de bon sens, je dis que c'est tout ce qu'il y a de plus vrai.

Et j'ajoute que mon problème, c'est la cuisinière de ma grand-mère. Elle est très ancienne, vous savez, recouverte de faïences vertes. Et juste à côté, ma vieille toile cirée était dans les mêmes tons, avec plein de petites grenouilles sautillantes, toutes mignonnes. Vraiment bien assortie ! Jamais je ne retrouverai un motif aussi gai, aussi rigolo, c'est triste. Et me voilà qui renifle, tout émue.

Qu'est-ce que je suis en train de raconter ? Je tournerais pas gâteuse, des fois, à pleurnicher sur une vieille toile cirée pourrie ? Allez, stop ! Et je bredouille excusez-moi.

" Vous excusez pas, dit la dame avec passion, on cherche toujours ce qu'on a aimé, c'est normal. Mais là, j'en ai de la peine pour vous, nous n'avons pas de grenouilles en stock. Pour rester dans les verts, je peux vous proposer des pommes, des courgettes, des poireaux, un assortiment de feuilles... Mais je vois bien que vous avez pas l'air emballée, vous avez vos grenouilles en tête et là, je vous le dis, faut pas acheter. Un achat sans coup de foudre, ça reste sur l'estomac, croyez-moi... Je fais vendeuse mais j'aurais dû être psy."

6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 15:34

Mon pauvre blog est resté vide depuis longtemps mais j'ai des excuses.

Tout d'abord il y a eu mon livre sur l'Irak à peaufiner, avec les derniers remaniements longs et pleins d'angoisse, quel boulot...mais bon, la parution est prévue en septembre, ouf !

Et puis nous sommes partis un mois à travers l'Europe du sud et moi, quand je voyage, je voyage ! Je prends des notes, plein de notes, bien sûr ! Mais pas question d'écrire, ni blog, ni roman, rien de rien, je verrai au retour, c'est comme ça.

Aujourd'hui, je préviens juste que mon village chéri a désormais un site que je recommande. Il suffit d'aller sur : payzac24.fr

Sans attendre !

2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 11:26
REDEMPTION

     Depuis un certain temps, on se demandait si on avait bien voté. C'était pas la gloire pour celui qu'on avait élu, pas vraiment ! La confiance n'en finissait pas de dégringoler, non sans quelques bonnes raisons, honnêtement, et nous, de déçus on devenait furax.

     Et puis, et puis, il y a eu les attentats de janvier et vlan, remontée en flèche de la cote d'amour pour ceux qui nous gouvernent. Une résurrection ! A quel prix, c'est terrifiant... mais. Quand j'ai vu notre Président rendre hommage aux victimes du marché cacher, j'ai commencé à comprendre. Dans la grande salle de la synagogue, il avait soudain la carrure qu'on attendait. Peut-être que l'éclairage tremblant des grands candélabres y était pour quelque chose, surtout avec la kippa qui lui affinait le profil. En tout cas, il était à la hauteur de ces terribles instants. Je me suis dit : là, hélas, c'est l'horreur de la tragédie qui lui donne cette dignité nouvelle mais il assure. Puis j'ai réfléchi.

    Si on veut que l'état de grâce ne retombe pas comme un soufflé raté, il y a des idées à exploiter. Sans morts, évidemment ! Allez, creusons-nous la tête ! Imaginons que des gens qui veulent croire au rebond de notre Président mitonnent quelques bombinettes bien ciblées, sans faire de victimes, je le répète, mais avec un bon reportage au JT, ça pourrait marcher.

     Par exemple, à l'heure où il n'y a personne dedans, une belle explosion dans une des pagodes de Paris et le Grand Chef enfilerait une tunique de bonze pour venir constater les dégâts et compatir avec la communauté bouddhiste. 5 points dans les sondages.

     Par exemple, jets de peinture sur la façade de la fondation Vuitton, pétards dans sa merveilleuse voûte de verre et Il arriverait sanglé dans un costard de la marque, d'une élégance inaccoutumée, pour prendre la défense des mécènes de l'art moderne et condamner les tagueurs imbéciles. 6 points.

     Par exemple, après dynamitage d'une usine à viande, un lâcher de porcelets dans la campagne bretonne et Il débarquerait en bottes de péquenot et bonnet rouge pour assurer aux maîtres du jambon bio combien il les soutient. 8 points.

     Par exemple, grenades et fumigènes dans les vestiaires du PSG, ballons crevés, maillots lacérés, Rolex éclatées et Il se pointerait à petites foulées, jogging et écharpe aux saintes couleurs et il dirait son indignation, les sponsors méritent le respect, on n'a pas le droit de cracher dans la soupe. 20 points.

     Il faut juste la tenue adéquate, une figure de circonstance et de belles images à la télé. Plus besoin de carnage. Une renaissance présidentielle, c'est simple finalement !

1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 14:48

Neuf mois que je n'ai pas rendu visite à mon blog... Neuf mois ! Le temps d'une grossesse chez les dames ! J'aurais donc vécu un heureux événement ? Qu'est-ce qui m'est arrivé ?

Non, je n'ai pas fait de bébé, non, à chaque âge ses plaisirs, il y a un temps pour tout, les miens, de bébés, en ont eu pour moi, j'ai ce qu'il me faut en magasin. J'ai juste pris le temps de terminer mon troisième bouquin, il devrait paraître cet été.

Je n'ai pas la bêtise de me croire originale en mettant dans le même sac la naissance d'un enfant et celle d'un livre, même si, dans les deux cas, la comparaison s'impose : il s'agit d'une gestation qu'il n'est pas toujours évident de mener à terme. Pas sans nausées, ce foutu fœtus me fait gerber plus souvent qu'à mon tour. Pas sans inquiétude, pourvu qu'il ne soit pas porteur de tares rédhibitoires. Pas sans désirs inavouables, du genre une princesse aux yeux bleus sinon rien.

Et voilà que le jour J est arrivé et que le fruit de mes entrailles m'est sorti du cerveau, admirez la hardiesse de l'image ! Délivrance, parturition terminée, joie du travail accompli... Et surtout, enfin ne plus tripoter le manuscrit, enfin passer à autre chose, et écrire, écrire, écrire, par exemple ici, cela expliquant ceci.

20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 14:51
CRISE  DE  FOI

Le Maurice à côté de chez moi ne va à l'église que pour la messe de Pâques, mais il croit.

Quand il vient se faire payer l'apéro, tous les deux jours, on a régulièrement droit à sa colère contre Brassens, cet enfoiré qui a tout faux quand il se moque de la foi du charbonnier "qu'est heureux comme un pape et con comme un panier." Maurice monte le ton. Il a la foi, bon ! Mais il se sent ni heureux ni con. Un peu de respect tout de même ! Et de logique : un panier c'est pas si con, et pas sûr que le François du Vatican nage dans le bonheur. D'accord ?

Au troisième pastis, Maurice ressasse ses malheurs. Le cancer de sa femme. Son seul fiston qui a foutu le camp en Australie et qui donne pas souvent des nouvelles. Et une retraite minable qu'est pas près d'augmenter avec toutes ces lois du gouvernement. Notre président de mes deux fait pas de cadeau aux vieux ouvriers agricoles, nom de Zeus. Cause toujours, tu m'intéresses !

Et le Maurice conclut : " Mais le soir, faut que j'en parle à quelqu'un. c'est vrai, j'en ai tellement bavé, j'ai besoin de déballer. Alors j'appelle Jésus et je l'engueule. Je lui demande des comptes. Personne m'entend, on est entre nous, ça me soulage. Et puis je me prends un coup de bergerac, il est bon et pas trop cher au Casino. Quand j'ai ma dose, je parle à la Sainte Mère, mais là, gentiment, juste pour lui demander des adoucissements et m'excuser d'avoir malmené son garçon. Après, je m'endors content. Peut-être que je force un peu sur le cubi et que je me prépare une cirrhose d'enfer mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Je suis tout seul, moi, faut le vivre."

Après la messe de Pâques, il y a quatre semaines, Maurice n'était pas au mieux. Le prêche de monsieur le curé n'avait rien résolu. Dans la soirée, Jésus n'avait toujours pas répondu et la Vierge Marie en plâtre était tombée du buffet, tout éparpillée. Maurice a mis son frichti à chauffer pour le dîner avant d'aller dans la grange puiser du réconfort dans sa réserve de rouge. Bien décidé à s'en prendre une bonne pour oublier et retrouver momentanément un peu de foi en sa chienne de vie. Mais l'ampoule était pétée, il n'y voyait rien. Il fourrageait derrière les fagots quand le miracle a eu lieu : la maison a littéralement explosé dans un vacarme épouvantable, projetant des flammèches, des tuiles et des pierres jusque dans les jardins voisins. Les pompiers ont réussi à éteindre le feu d'artifice au matin. Le ragout de Pâques avait débordé, la bouteille de gaz en surchauffe avait fait le reste. Si Maurice était resté dans la cuisine, il serait mort.

L'assurance, heureusement, va payer une bicoque neuve et le Maurice rayonnant vient maintenant tous les soirs philosopher chez moi à l'heure du Berger : " Un, quand on dit que l'alcool tue, moi il m'a sauvé la vie. Deux, si vous voyez pas la main de Jésus et de Marie derrière tout ça, c'est que vous êtes encore plus cons que Brassens !"

15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 17:14
PRISON

Je rentre du Tarn et Garonne, où j'étais invitée à parler de mon bouquin "La Table du Pacha", sélectionné pour le prix de la nouvelle 2014.

Pourquoi le Tarn et Garonne ?

Parce que le fondateur de ce prix a choisi de le décerner à Lauzerte, merveille de village à trente minutes de Montauban. ça fait dix ans que ça dure et, sans être le Goncourt, c'est devenu, apparemment, une référence incontournable pour les nouvellistes qui se respectent. Est-ce que j'en serais ? Et alors, pas belle, ma vie ?

A deux pas de la sublime Place Nationale, à Montauban, la librairie où on m'attend s'appelle La Femme Renard. J'adore. Tout se passe incroyablement bien, les lecteurs sont là, on discute, on rit, je dédicace. Le lendemain soir, en route pour la médiathèque de Lauzerte. Les lecteurs sont là, je dédicace, on rit, on discute, bis repetita, ça me va. Aux autres aussi, apparemment, puisque je viens de recevoir des commentaires que ma modestie m'interdit de rapporter ici.

Par contre, la visite à la prison où j'étais conviée à rencontrer des détenus mérite d'être racontée.

Je précise que c'est une maison d'arrêt où les peines ne dépassent pas un an, pas de violeurs, pas d'assassins, que du tout venant : braquages, vols, escroqueries, arnaques , faux papiers, fausse monnaie, pas mal de castagne.

Déjà, rien que l'arrivée... Contrôles, fouilles, vérifications d'identité, escorte rapprochée des surveillants, pas de doute, je ne suis pas au Club Med. La broche en ferraille dans mon genou exaspère le portique qui se met à hurler, on me fait la grâce de me laisser entrer, sans déculottage pour exhibition de ma cicatrice. On avance dans des couloirs de plus en plus sombres. Tous les dix mètres on déverrouille une grille et un gardien téléphone : " Visiteuse corridor 8 ". Et on finit par arriver.

Ils sont douze, les bons apôtres, assis comme des gosses dans une salle de classe. Ils se lèvent quand j'entre, bien polis : Bonjour, Madame Tayon". Cinq ont mon livre à la main, dont un très jeune à l'œil très bleu. Je remarque un grand blond tout sourire, deux petits vieux tristes fixant leurs sandales, un costaud grisonnant, l'air bravache, chemise fleurie. A côté de l'éducatrice, un brun très pâle, la trentaine, tremble sur sa chaise et semble dormir.

Je demande qui a lu mon Pacha. L'œil très bleu dit très fort qu'il a beaucoup aimé, sauf l'histoire du mouton qui l'a fait pleurer, c'est trop triste, il a pas supporté. Je saurai plus tard que c'est un récidiviste qui hait les flics et vient d'en envoyer encore deux à l'hôpital. Tabasseur, certes, mais sensible, plein de pitié pour la souffrance des bêtes.

La conversation est lancée. On veut savoir pourquoi j'écris sur la Turquie, si c'est autobiographique. Le grand blond me demande si mon goût des voyages viendrait d'une enfance malheureuse : "Moi, toutes les conneries que j'ai faites, toutes les fois que j'ai foutu le camp, c'était à cause de mon père. Alors vous, Madame, c'était quoi ?" Je réponds que je suis partie par curiosité et il me dit qu'il va finir de me lire pour vérifier si ça se comprend.

La chemise à fleurs se lève. "Moi, Madame, je suis voleur, j'ai ça dans le sang, faut que je vole et des fois je cogne aussi, j'y peux rien. Mais vous aussi vous cognez quand vous écrivez, je me suis pris votre bouquin dans la gueule, c'est pour ça que j'ai tout lu. Peut-être aussi parce que je connais les ports, je travaillais sur des cargos avant de venir ici. Et permettez-moi de vous dire, y a un truc que vous avez pas raconté, c'est les boxons d'Istanbul. Je connais, moi, sans doute pas vous, dommage, c'est autre chose que vos bourgeoises turques, excusez !"

Je lis un passage. Un des petits vieux m'interrompt : " Vous êtes pas juive ? Parce que, moi, je suis d'une famille juive d'Izmir et quand j'ai lu le menu du pacha, j'ai tout reconnu et je peux vous dire que, oui, on mange tout ça en Turquie, mais c'est de la cuisine juive !"

Au bout d'une heure et demie, il a fallu se séparer, c'était terminé mais ils traînaient tous les pieds avant de retrouver leurs cellules. Et quand je lui ai serré la main, le trembleur qui m'avait paru dormir tout le temps, m'a dit à toute vitesse :"J'ai tout écouté. Je vais vous lire, ça m'a plu, vos manières. Mais d'abord, je vais finir Baudelaire, il me vide le cerveau."

J'ai retrouvé le soleil du dehors sans le sentir vraiment, je n'arrivais pas dans ma tête à sortir de la prison, je revoyais les visages, j'entendais les voix, j'avais peur d'oublier. Et me voilà rentrée chez moi, toute bizarre, ailleurs. Comme disent les Tontons Flingueurs : " On n'aurait jamais dû quitter Montauban !"

Présentation

  • : Le blog de helene
  • : Après avoir vécu treize ans en Turquie, j'ai écrit en 2009 un roman ALARGA, traduit en turc et paru à Istanbul en novembre 2011 et un recueil de nouvelles LA TABLE DU PACHA qui vient de sortir en mars 2012. En général, on me dit que c'est vraiment dépaysant, très drôle, assez érotique... et personne ne croit que je suis française...
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